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 Cassandre (la peur)

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Persephone
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MessageSujet: Cassandre (la peur)   Dim 24 Oct - 18:26

Cassandre



Sur le sol carrelé rendu boueu par le passage de trop nombreux collégiens les fils d’or de ce qui avait été ses cheveux ne semblaient plus ni doux ni brillants. Les tresses coupées à ras par les ciseaux flambant neuf sortit de sa trousse paraissaient juste ternes et mortes. Elles s’imbibaient lentement de l’eau crasseuse qui luisait sur le sol. Avec le passage il n'en resterait bientôt plus grand-chose.
Cassandre avait adorée ses cheveux, ils lui donnaient l’impression d’être une de ces princesses de contes de fée. Quand elle glissait ses mains aux ongles rongés sur les fils soyeux, elle repensait à l’avant, quand elle était heureuse. Elle voyait le livre d’histoire avec sa couverture délavée mais qui lui semblait tellement colorée. Et c’était comme si sa mère était la à nouveau pour lui ouvrir les portes d’un monde fabuleux. Un endroit où tout allait bien pour les petites filles insouciantes comme celle qu’elle avait été .Qu’elle n’était plus.

Rapidement néanmoins elle rangea les ciseaux dans la trousse et la trousse dans le sac. Tout y était neuf, propre et de qualité. Elle détestait cette propreté et aurait voulut tout jeter dans la boue, mais cela n’aurait rien changé. Essuyant ses larmes bien inutiles sur sa veste en jeans bleu délavé Cassandre sortit des toilettes. Baissant la tête, le dos vouté et concentrée sur l’avancement de ses pieds elle essayait d’oublier le reste du monde .
Le vent de septembre soufflait désagréablement dans son cou mis à nu, il envoyait dans sa figure pâle des mèches inégales et la faisait frissonner. Machinalement la jeune adolescente remonta son pantalon troué au cutter car il glissait sur ses hanches trop fine, trop creuse. Personne ne la regardait, seule aux milieux des bourrasques, les autres avaient cherchés refuge dans le très spacieux et confortable préau du collège de Sainte-Marie. Comme il devait leur sembler simple de s’abriter de la tourmente.

Réfugiée dans sa solitude, Cassandre se permit de songer à ses cheveux perdus. Elle avait paniquée, « encore » aurait-elle pu dire, à cause de « lui » et du moment terrible qui s’approchait. Elle luttait pourtant, avec l’horrible sensation de se déchirer, juste pour quelques instants de plus, un sursis. Elle avait beau maltraiter son corps autant qu’elle le pouvait, il continuait de l’attirer hors du monde protégé de son enfance. Il l’entrainait vers de nouvelles Enfers, les même que celles qui avaient prises sa mère.
Sous son T-shirt de lin léger et trop grand d’une taille pour elle se dessinait l’esquisse de courbes angoissantes. Les deux petite protubérances étaient douloureuses à force d’être compressées jusqu’à la limite du supportable par des bandes de tissus déchirés. Avec douceur et répulsion Cassandre glissa ses doigts glacés sur le tissu qui la meurtrissait. Elle soupira un instant de soulagement et d’anxiété mêlé. Même la nuit elle n’osait pas libérer sa jeune poitrine de son carcan, il n’y avait pas d’endroit dans cette maison ou elle pouvait échappée à ses yeux inanimés. « Il » risquait de tout découvrir, de comprendre. A cette idée un haut-le-cœur de terreur pure la traversa et elle eut l’impression de sentir la douleur exploser dans son ventre. L'angoisse familière s'abattit sur elle et elle manqua de s'effondrer sur le sol de la cour désertée.Mais la cloche sonna comme le glas de cette terrible illusion et il lui fallut se traîner en classe.

Le professeur de mathématique, très propre sur lui, lui jeta un regard choqué et scandalisé. D’un geste sec il l’envoya dans le bureau du proviseur sous les quolibets du reste de la classe qui s’esclaffait de son apparence pitoyable. Cassandre haussa les épaules et fit demi-tour en essayant de se convaincre que cela ne la blessait pas. Elle enfila les couloirs déserts en silence pour finir devant une certaine porte trop bien connue. Elle toqua, entra, et alla directement s’asseoir sur la chaise capitonnée marron clair, dissimulant son malaise derrière un regard vide et neutre. Le même regard qu’avait tout ceux qui la regardait sans la voir, qui n’entendait pas les échos de son cauchemar sourdre de sa peau. Qui se fichait d’elle.

-Mlle Carryart !s’écria une voie grave et pleine de réprobation. Qu’avait-vous fait à vos cheveux ? Il ne vous suffit donc pas de massacrer vos vêtements ? Allez-vous enfin m’expliquer les raison qui motivent votre comportement aberrant ?!

Cassandre le regarda sans rien dire, pinçant fermement les lèvres. Cela ne servait à rien de tenter de parler, ils ne comprenaient pas, ils ne la croyaient pas. Au fond ils n’en avaient rien à faire des gamines comme elle, ils se détournaient tous d’elle avec ennui. Personne ne voulait l’aider, personne ne se souciait de savoir ce qu’il se passait réellement. C’était plus facile de la regarder se précipiter vers la chute que de partager son fardeau.
Tellement plus confortable, pour eux, pour leur tranquillité, ils demandaient pourquoi, mais ils ne voulaient pas qu’elle réponde, il ne fallait rien leur dire, surtout ne pas oublier la vanité de leur sollicitude, de l’espoir. Pourtant elle se sentait si seule dans sa prison d’angoisse qu’elle aurait voulut s’accrocher à la moindre lueur. N’importe quoi qui puisse lui rendre un peu d’elle-même, car elle se perdait, ne se reconnaissait plus dans cette créature faible et apeurée.

-Le collège de Sainte-Marie jouit d’une excellente réputation comme vous le savez surement
enchaina-t-il froidement. Si vous ne mettait pas un terme à votre petite révolte égoïste nous nous verrons dans l‘obligation de nous séparer de vous. Et sachez bien que ce n’est pas de gaité de cœur que nous nous résoudrons à offenser ainsi monsieur votre père, que nous estimons beaucoup.

-Ce n’est pas mon père !
s’écria Cassandre sans pouvoir, ni vouloir, se réfréner. Elle avait voulut mettre de la rage dans ses mots, mais elle n’y entendit qu’une angoisse infinie. La douleur revint dans ses entrailles, comme une vrille d’épine qui se serrait à l’intérieur d’elle. Son effroi culmina dans les battements affolés de son cœur trop petit pour pareil souffrance, quelque chose céda. Les trop frêles barrières s’écroulèrent.
Alors elle laissa sa souffrance et sa terreur transparaitre sur les traits de son visage émacié. Ses yeux couleurs océans se remplirent de larmes salées qui filèrent un collier de perles sur ses joues. Là, elle leva un instant le voile derrière lequel elle se cachait pour apparaître dans toute sa fragilité ébranlée. En silence elle supplia l’homme qui lui faisait face de la comprendre enfin, de compatir, ou même, juste d’avoir pitié d’elle.

-N’essayez pas de jouer à la victime avec moi mademoiselle Carryart !
répliqua-t-il durement. Vous devriez avoir honte de dire du mal d’un homme assez généreux pour vous avoir recueillis chez lui à un âge ou l’on vous aurait normalement placée en orphelinat. En plus de cela je dois vous rappeler encore une fois que votre père est un homme éminemment respectable.

-non gémit doucement Cassandre sans cesser de pleurer et en croisant ses bras sur son ventre, regrettant déjà son énième appel de détresse. Il n’y avait pas de porte pour s’échapper, rien qu’un horrible couloir qui s’enfonçait dans les ténèbres. Pourquoi ? Elle n’avait pas mérité ça ! Elle ne voulait pas voir les murs, se resserrer, l’étouffer, peut-être la tuer ? Elle ne voulait pas que son corps devienne le calice de son ardeur corrompue ; ne voyait rien d’autre devant ses yeux effrayés. Son image emplissait toute entière son horizon de ses ténèbres.

-Je vais appeler chez vous pour que l’on vienne vous cherchez. Ne revenez pas avant de vous être décidée à faire évoluer cette regrettable situation.


(…)

Les jambes nues relevées contre elle, les cheveux emmêlés collés sur ses joues par les larmes, Cassandre contemplais d’un air hagard la petite boîte d’anti-inflammatoire achetée à la pharmacie sur le chemin du retour. La douleur lancinante de son bas-ventre continuait de se faire sentir pareil à un spectre grinçant. Elle résonnait sans s’éteindre comme les échos d’un hurlement d’alarme.
Même dans le silence, c’était encore là, à faire brûler la peur et à susurrer d’horribles destins. Elle savait qu’elle n’avait plus mal, seul l’angoisse la faisait s’en persuader. Raide et crispée elle sentait avec effroi l’horrible chaleur couler entre ses cuisses et se rependre en un sombre écoulement sur le carrelage.

Et ce silence que son souffle heurté ne faisait même pas trembler…et cette solitude qui lui tordait l’esprit. L’écrin de la peur. Le décor de la toile ou bientôt serait tracé à grands coups incisifs les ténèbres de la nuit qui l’attendaient .Un doux regard brun chocolat atrocement défiguré par la convoitise, et des mains dilettantes devenues cruelle et avides.
Cassandre en avait eut la vision, une heure plus tôt, il y a de cela une infinité d’instants. Elle revoyait parfaitement son sourire sur le pas de la porte, plein d’une exultation affamée .Aux fond de ses pupilles dilatées avait luit férocement l’éclat de ses envies délétères. Tout les deux, avec terreur et jubilation, ils avaient sut. Il n’y aurait pas de salut, ni pour elle, ni pour son âme corrompue.

Bravement elle essaya de repenser au sourire qu’avais eut sa mère adorée autrefois, mais ce n’était déjà plus qu’un souvenir encrassé. Il était terne et n’avait plus de saveur sur ses papilles engourdies, il lui sembla même le voir trembler et se déformer en rictus malveillant. Une jouissance cruelle et froide s’inscrivit dans la courbe tranchante de cette pulpe sanglante qui s’affina jusqu'à prendre la forme de sa bouche à lui.
Elle hurla pour détruire cette apparition, mais il n’y avait déjà plus qu’elle, pauvre femme-enfant, seule sur le carrelage salit. Terrorisée, perdue. Péniblement elle retint l’hystérie qui la guettait en recroquevillant sur lui-même son corps chétif. Elle n’essaya plus de songer à quelque chose de joyeux, elle ne pensa plus à rien, ne vis plus rien, étouffa ses sens. Le simple fait d’exister était éprouvant. Elle aurait voulus ne jamais s’avancer au-delà du seuil protégé de l’enfance. Ne pas avoir vécue.

Le temps qui s’écoula ensuite épuisa toute étincelles de résistances qui auraient put naître. A chaque respiration laborieuse elle se perdait un peu plus, chaque expiration la rapprochant de l’inévitable horreur dans laquelle il lui semblait déjà s’abimer. L’air immobile sur sa peau moite lui était insupportable, elle y sentait comme le souffle nauséabond de son tortionnaire. Ses vêtements en lambeaux n’étaient rien d’autre que des remparts de brumes évanescentes.
Les murs impassibles lui chuchotaient comme il serait facile de déchirée la toile usée avant de la déchirer elle. Ils se penchaient sur son être tourmenté pour l’écraser car son sang honni les appelaient comme une mélopée entêtante. Ils se chuchotaient entre eux que bientôt, un autre sang innocent viendrait s’épancher pour leur plus grande délectation. Et d’elle ils se moquaient, riant de l’ignorance qu’elle avait, jouant à lui révéler toute l’inhumaine noirceur de ce qui l’attendait, de ce qu’on allait lui faire. Cassandre avait depuis longtemps plaquée ses mains frêles sur ses oreilles, mais elle les entendait toujours, dans ce silence qui n’en était pas un et qui était bien pire que cela.

Et puis il n’y eut plus rien et Cassandre releva sa tête endolorie pour le regarder. Elle vit qu’il était nu et se tétanisa. Le regard de pure angoisse qu’elle lui jeta ne fit qu’accroitre ses instincts lubriques. Et d’autres larmes coulèrent car ses jambes ne voulaient pas bouger et son cri s’étranglait dans sa gorge. Et lui, il souriait de la voir impuissante, il savait qu’elle ne ferait rien pour l’empêcher de faire ce qu’il était venu faire et prendre ce qui ne lui appartenait pas. Et elle se sentait sale sous le regard qui la pénétrait et qui reflétait tant de douleurs à venir. Elle y voyait sa propre image tremblante et silencieuse.

«Tu ne dis rien ? Ne t’inquiète pas ma chérie, tu crieras ; et personne ne t’entendra, personne ne viendra t’aider. Parce que tu le mérite, tu n’a fait que renforcer mon désir de toi alors que tu aurais pu tout arrêter-tu le sais n’est-ce-pas ?- c’est ta faute alors tu ne peux rien dire. »

Alors elle ne dit rien, ne répondit pas, ne détourna pas le regard. Il avait peut-être raison, elle n’aurait pas hésité une seconde à le lui dire si elle avait pensé que cela l’arrêterai. Parce que bien plus profond que le mépris d’elle-même, au-delà de la souillure et de la culpabilité il n’y avait rien que la terreur. Cette peur qui lui tailladait tout le corps, qui la figeait dans une prison hagarde d’horreur. Il n’y avait pas assez de place dans tout son être pour contenir cette angoisse dévorante, peut-être qu’elle allait s’évanouir ? Elle aurait tellement voulut fuir dans les ténèbres, mais elle y était déjà. La dernière lumière s’éteignit lorsqu’il se saisit d’elle et que ses mains commencèrent à la faire hurler en silence. En silence car elle ne pouvait rien dire…

Et le sang coule depuis sa fleur
Noirs desseins, noire rivière
Et le sang coule depuis sa fleur
Sourd à ses prières

Violée l’âme innocente
De cette douce infante
Un corps mortel brisé
Entre les griffes du péché

Et le sang coule depuis sa fleur
Souille les restes d’insouciance
Elle qui souffrait tant, déjà se meurt
Elle qui sortait à peine de l’enfance

Enfin le silence s’abat sur elle
Le feu infernal devint étincelles
La terreur lentement s’assoupit
Jusqu'à la prochaine nuit



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